Devez-vous faire votre « Glucose révolution » ?

sucre

Si, comme moi, vous trainez souvent dans les rayons des librairies, le phénomène Faites votre glucose révolution1 de la française (expatriée aux USA) Jessie Inchauspé ne vous a sans doute pas échappé.

Sa philosophie, qui fait du sucre non pas un ennemi à combattre à tout prix, mais plutôt un compagnon à apprivoiser, m’a semblé intéressante.

Pourtant, je ne la partage pas complètement. Je vous explique pourquoi tout de suite.

Laissez-moi vous présenter la « glucose goddess »

Le sucre est un de mes sujets de prédilection.

J’en ai souvent parlé et mon avis est assez tranché à son sujet, car c’est un véritable problème de santé publique.

L’intérêt que suscite Jessie Inchauspé, que ce soit à travers son compte instagram, son site internet ou ses ouvrages2, a donc bien sûr attisé ma curiosité.

Jessie Inchauspé est biochimiste de formation. Son travail repose sur 300 études récentes (moins de cinq ans) sur le sujet du glucose. Elle en a tiré une synthèse et ses propres conclusions.

Enfin, elle a testé sa méthode et en a tiré des bénéfices considérables.

Tout a démarré, comme souvent, par une histoire personnelle.

Après un grave accident, Jessie subit une lourde opération des vertèbres. Si elle s’est en apparence remise de ses blessures, dans la tête pourtant rien ne va plus. Une grande détresse psychologique l’accable et elle ne parvient pas à s’en débarrasser.

Après ses recherches sur le glucose, elle pense avoir trouvé la source de son problème : « Le brouillard cérébral dont je souffrais depuis mon accident correspondait souvent à une forte hausse de glucose. » explique-t-elle dans son livre.

En mettant au point une méthode qui permet de lisser ses pics de glycémie, elle dit être parvenue à retrouver sa joie de vivre et à résoudre bien des troubles qui empoisonnaient son quotidien (somnolence, fringales à répétition, fatigue chronique).

Peu étonnant donc que sa méthode “cartonne” aujourd’hui un peu partout dans le monde !

Oui, il faut éviter les pics de glycémie au maximum…

L’idée fondamentale de la méthode de Jessie Inchauspé repose sur le fait d’éviter autant que possible les pics de glycémie.

Je suis pleinement d’accord avec elle sur ce point.

Car lorsqu’ils se produisent à répétition, ces pics provoquent une sécrétion d’insuline importante, ce qui fatigue considérablement le pancréas.

Avec le temps, on risque de s’exposer au diabète mais aussi à des troubles aussi variés que l’acné, la prise de poids, la fatigue chronique, la dépression, les maladies cardiovasculaires3, …

Jessie Inchauspé a pu constater que 90% des personnes, non-diabétiques, enregistrent des pics de glycémie tous les jours4.

Ce qu’elle propose pour éviter cela me semble tout à fait pertinent : le sucre ne doit pas être un ennemi à bannir à tout prix de notre alimentation, il faut plutôt apprendre à en maîtriser les effets sur l’organisme.

Le sucre, rappelons-le, amène des comportements de pulsion. Il est bon de s’en souvenir pour ramener un peu de logique dans notre rapport avec cette substance.

Voici ce que Jessie Inchauspé propose pour que le sucre ne soit plus une source de stress pour l’organisme (c’est ce que nous lui infligeons en cas de pics à répétition)5.

1. Associer systématiquement les aliments sucrés avec des fibres. Cela permet une diffusion moins rapide du glucose dans le sang et limite par conséquent les pics de glycémie. L’idéal en cas d’envie de sucre étant alors de consommer des fruits frais.

2. Boire un verre d’eau avec une cuillère à soupe de vinaigre (n’importe lequel sauf le balsamique qui est sucré, avec une préférence pour le vinaigre du cidre). Selon elle, cela permet de diminuer le pic de glucose de 8 % à 30 % et réduit la sécrétion d’insuline d’environ 20 %.

3. Prêter attention à l’ordre dans lequel on ingère les aliments. Jessie Inchauspé propose de toujours commencer par des crudités ou des légumes pour leur apport en fibres, puis de passer aux protéines et de finir avec éventuellement des féculents et un dessert sucré. L’idée étant que les fibres arrivent toujours en premier dans l’estomac. Si les glucides sont les premiers à y parvenir, ils se diffusent très rapidement dans le sang et provoquent un pic de glycémie. En revanche, le fait de commencer par les légumes ou les crudités change la donne : leurs fibres vont tapisser l’intestin grêle et freiner le passage du glucose. Selon elle, respecter cet ordre précis permet de réduire le pic de glycémie global de 73 % et le pic d’insuline associé de 48 %.

4. Préférer un petit-déjeuner salé. À calories égales, les petits-déjeuners sucrés vont créer un gros pic de glycémie. Coup de barre en milieu de matinée garanti !

5. En cas de fringale, ne pas se jeter sur un aliment sucré (ce qui est un réflexe naturel). Il vaut mieux manger quelques fruits à coque (amandes, noix, noisettes) ou un aliment salé.

…Mais non, tous les sucres ne se valent pas !

Jessie Inchauspé affirme que tous les sucres ont le même effet sur l’organisme.

Elle ajoute même : « Tous les sucres sont naturels, car tous sont issus d’une plante. Il n’y a pas de bon ou de mauvais sucre. »6

Sur ce point je ne suis pas tout à fait d’accord.

Pour moi, tous les sucres ne se valent pas.

Les sucres complexes comme ceux que l’on trouve dans les féculents n’ont pas autant d’effets délétères que le sucre de table par exemple7.

Certains sucres, en revanche, vont être plus particulièrement nocifs pour un organe. Je pense au fructose qui, en excès, favorise grandement la stéatose hépatique non alcoolique et le cancer du foie8.

Tous les sucres n’ont évidemment pas cet effet bien particulier.

  • Le sucre complet présente l’avantage d’être riche en minéraux, ce qui lui confère des propriétés que le sucre blanc n’a pas.
  • L’ indice glycémique des différents sucres est variable (et donc le pic de glycémie qui s’ensuit aussi). Il sera par exemple bien plus faible avec le sucre du sirop d’agave qu’avec un carré de sucre blanc (saccharose).

Bref, mettre tous les sucres dans le même panier me semble quelque peu réducteur.

Ce qui me dérange également dans sa méthode c’est qu’elle ne tient compte que de l’indice glycémique en occultant les autres méfaits du sucre.

Les pics de glycémie ne représentent qu’une des conséquences de la consommation de sucre sur la santé.

Selon moi, le problème du sucre ne se pose pas qu’en termes de glycémie.

Il est également responsable de pathologies qui sont tout à fait indépendantes des pics de glycémie.

Je pense à :

  • L’athérosclérose.

En 2017 l’étude scientifique PURE publiée dans le journal médical The Lancet8 atteste qu’une grande quantité de sucre dans l’alimentation entraîne de graves pathologies cardiaques. Comment le sucre agit sur notre organisme pour provoquer de si sérieux dégâts ? En circulant dans le sang il « attaque » tout simplement la paroi des vaisseaux artériels et la rend plus poreuse facilitant ainsi l’adhésion des plaques d’athérome. De plus, la dégradation des parois vasculaires favorise l’augmentation de la pression artérielle, qui elle-même dégrade ces parois, c’est un véritable cercle vicieux.

  • Aux candidoses

La consommation de sucre favorise le développement de champignons pathogènes comme le Candida albicans. On sait que ce champignon qui colonise la flore intestinale possède une protéine (la protéine Hgt4) qui capte le glucose et influe sur sa résistance et sa virulence10,11.

  • Aux problèmes dentaires

Lorsque le sucre s’attaque aux dents cela ouvre la porte à toute une cohorte de maladies dont les maladies cardio-vasculaires12, arthritiques13, et même dégénératives14.

Vous l’aurez compris, je suis au final beaucoup moins indulgent avec le sucre que ne l’est Jessie Inchauspé.

A mon humble avis, il est préférable de réduire au maximum sa consommation quotidienne de sucre mais sans pour autant se priver de quelques plaisirs de temps à autre.

Lorsque vous craquez pour un délice sucré, la méthode de Jessie me semble parfaite pour éviter les pics de glycémie et les troubles qui en découlent.

Ma méthode à moi : des sucres lents plusieurs fois par semaine pour l’énergie, et tout autre type de sucre de façon beaucoup limitée pour le plaisir !

Et vous, quelle relation entretenez-vous avec le sucre ? Aviez vous déjà entendu parler de la méthode de Jessie Inchauspé ?

A bientôt,

Laurent

 

 

[1] Robert Laffont, 2022
[2] Instagram : @glucosegoddess, site internet : https://www.glucosegoddess.com/
[3] Zhou Z, et al. Glycemic variability: adverse clinical outcomes and how to improve it? Cardiovasc Diabetol. 2020
[4] Hall H, et al. Glucotypes reveal new patterns of glucose dysregulation. PLoS Biol. 2018
[5] Ceriello A, et al. Oscillating glucose is more deleterious to endothelial function and oxidative stress than mean glucose in normal and type 2 diabetic patients. Diabetes. 2008
[6] https://www.journaldesfemmes.fr/beaute/conseils-forme-et-minceur/2823451-glucose-revolution-une-methode-vraiment-revolutionnaire-pour-perdre-du-poids/
[7] Gołąbek KD, et al. Dietary support in insulin resistance: An overview of current scientific reports. Adv Clin Exp Med. 2019
[8] Muriel P, et al. Fructose and the Liver. Int J Mol Sci. 2021
[9] Associations of fats and carbohydrate intake with cardiovascular disease and mortality in 18 countries from five continents (PURE): a prospective cohort study / The Lancet august 2017
[10] Brown V, et al. A glucose sensor in Candida albicans. Eukaryot Cell. 2006
[11] Rodaki A, et al. Glucose promotes stress resistance in the fungal pathogen Candida albicans. Mol Biol Cell. 2009
[12] Zhou M, et al. Causal Association between Periodontal Diseases and Cardiovascular Diseases. Genes (Basel). 2021
[13] Mercado F, et al. Is there a relationship between rheumatoid arthritis and periodontal disease? J Clin Periodontol. 2000
[14] Haditsch U, et al. Alzheimer’s Disease-Like Neurodegeneration in Porphyromonas gingivalis Infected Neurons with Persistent Expression of Active Gingipains. J Alzheimers Dis. 2020