Cette dépression qui se cache dans vos placards

aliments transformés

Ai-je encore besoin de préciser que les chips, les gâteaux industriels, les plats préparés, les boissons sucrées et autres aliments ultra-transformés sont dangereux pour la santé ?

À moins de vivre coupé du monde, il est impossible de ne pas être au courant.

Hypertension, diabète de type 2, maladies cardiovasculaires, cancers, obésité… la liste de leurs méfaits est longue1.

Alors que la coupe semblait déjà pleine, je découvre dans de récentes études que cette malbouffe impacte aussi la seule sphère où l’on aurait encore pu la croire inoffensive : notre mental.

On la pensait liée au plaisir, fût-il coupable… Eh bien non, elle favorise la dépression !2,3,4

Une bonne raison de plus de faire le grand ménage dans nos placards !

Qu’est-ce qu’on jette ?

Contrairement à une idée largement répandue, les aliments ultra-transformés, les AUT pour les intimes, ne se limitent pas aux sodas, aux pizzas et autres hamburgers labellisés « junkfood ».

Comme l’explique Euridice Martinez Steele, chercheuse à l’Université de Sao Paulo, spécialiste de la question :

« Les aliments ultra-transformés contiennent des ingrédients rarement utilisés dans les recettes maison, comme le sirop de maïs, les huiles hydrogénées, les isolats de protéines et les additifs chimiques comme les colorants, les arômes artificiels, les édulcorants, les émulsifiants et les conservateurs ».

C’est ainsi que l’on retrouve dans ce panier : les galettes végétales, les céréales du petit-déjeuner, les yaourts aromatisés, les plats allégés à réchauffer ou encore la margarine.

Au total, cela représente près de 70 % des marchandises emballées vendues en supermarché, y compris aux rayons bio et végétariens !

Reste à reconnaître concrètement ces faux aliments.

Pas de panique ! Cela ne demande aucune compétence particulière, juste du bon sens.

Voici comment faire.

Si à la lecture de l’étiquette, vous remarquez une longue liste d’ingrédients inexistants dans votre cuisine, dont certains au nom imprononçable…

Reposez le produit dans le rayon.

Une inflammation intestinale qui se propage au cerveau

Cette liaison dangereuse entre alimentation industrielle et santé mentale a été découverte, entre autres, par Tasnime Akbaraly, chercheuse à l’INSERM.

Après une quinzaine d’années de recherche, elle a pu établir que « les aliments ultra-transformés favorisent le stress oxydatif et l’inflammation, et qu’ils modifient le microbiote intestinal. Il n’est donc pas exclu qu’ils aient un impact sur la santé mentale, connue pour être sensible à ces différents facteurs ».5

Une fois de plus, notre microbiote se retrouve sur le devant de la scène.

Ces fameuses bactéries qui vivent en nous et qui permettent à notre corps d’assimiler les nutriments, de stimuler le système immunitaire, de réguler notre humeur…

Et de jouir d’une bonne santé psychologique.

Face à ces avancées incroyables, on ne peut que repenser aux mots d’Hippocrate : « Toute maladie commence dans les intestins ».

Deux mille ans plus tard, la science confirme enfin sa formidable intuition !

Un microbiote altéré

Les personnes dépressives ont donc un microbiote altéré, par un déficit de bonnes bactéries ou un excès de mauvaises6.

Pour autant, une énigme persiste : est-ce la dysbiose qui engendre les symptômes dépressifs ou inversement ?

Bref, qui est la poule et qui est l’œuf ?

C’est sur cette causalité que des scientifiques de l’INSERM, de l’Institut Pasteur et du CNRS se sont penchés en 20237.

Pour y parvenir, ils ont transféré le microbiote de souris dépressives à deux groupes de souris saines, le premier bénéficiant d’un nerf vague et pas l’autre.

Résultat : le premier groupe s’est mis à souffrir de dépression, le second n’a pas été impacté par le microbiote altéré.

Conclusion, le transfert d’un microbiote altéré suffit à induire les troubles dépressifs, l’information étant transmise par le nerf vague.

Voilà de quoi ouvrir de nouvelles voies thérapeutiques très prometteuses.

Prévenir, encore mieux que guérir !

Du bon fonctionnement du nerf vague découlent votre humeur, votre sommeil, votre digestion et votre microbiote.

Je vous ai déjà parlé, plusieurs fois même, de cet incroyable chef d’orchestre.

Vous vous rappelez peut-être que vous pouvez le renforcer grâce au rire, à la méditation, à la cohérence cardiaque, au yoga ou encore aux massages.

Notez que son travail de communication dépend aussi de la qualité de votre microbiote.

Et là, la clé est sans surprise une alimentation diversifiée, la plus brute et la plus végétale possible8.

Invitez les prébiotiques dans vos menus. Qu’ils soient riches en fibres, en antioxydants ou en oméga 3, ils nourrissent vos bactéries amies et leur permettent de se multiplier.

Vous les trouvez en abondance dans les fruits, les légumes, les légumineuses, les céréales complètes, les noix, le thé vert, les sardines, les huiles de lin et d’olive.

Ajoutez-y des probiotiques pour la diversification et la richesse de votre flore intestinale. Ils sont présents dans les aliments lacto-fermentés : kéfir, choucroute, yaourts, kombucha, soja fermenté…

Il n’y a pas à dire, nous sommes ce que nous mangeons.

Une nouvelle fois, Hippocrate a fait fort avec sa maxime « Que ton aliment soit ton médicament ».

Saviez-vous que les aliments ultra-transformés pouvaient causer une dépression ? Est-ce que vous en consommez régulièrement ?

À bientôt,

Laurent

Sources :

[1] Bonaccio M et al. Joint association of food nutritional profile by Nutri-Score front-of-pack label and ultra-processed food intake with mortality: Moli-sani prospective cohort study. BMJ. 2022.

[2] Lane M et al. Ultra-Processed Food Consumption and Mental Health: A Systematic Review and Meta-Analysis of Observational Studies. Nutrients. 2022.

[3] Varesi A et al. The brain-gut-microbiota interplay in depression: A key to design innovative therapeutic approaches. Pharmacological Research. 2023.

[4] Samuthpongtorn C et al. Consumption of Ultraprocessed Food and Risk of Depression. JAMA Netw Open. 2023.

[5] Arshad H, Akbaraly T et al. Association between ultra-processed foods and recurrence of depressive symptoms: the Whitehall II cohort study. Nutritional Neuroscience. 2024.

[6] Hélu I. Dans un futur proche, le microbiote intestinal sera-t-il une piste supplémentaire à l’arsenal thérapeutique déjà existant pour soigner la dépression ? Faculté de pharmacie et sciences biomédicales, UCL, 2020.

[7] Siopi E. et al. Gut microbiota changes require vagus nerve integrity to promote depressive-like behaviors in mice. Molecular psychiatry. 2023.

[8] Xiao C et al. Associations of dietary diversity with the gut microbiome, fecal metabolites, and host metabolism: results from 2 prospective Chinese cohorts. The American Journal of Clinical Nutrition. 2022.